3,21 % net. Ce taux, affiché en début d’année 2024, a suffi à remettre le fonds euro sur le devant de la scène. Après des années à végéter, ce placement longtemps jugé trop prudent relève la tête et bouscule les certitudes de nombre d’épargnants. Pourtant, l’histoire ne se limite pas à une simple remontée des taux : les lignes de force du marché se déplacent bien plus subtilement qu’il n’y paraît.
Depuis 2022, le durcissement des politiques monétaires a chamboulé le rapport de force entre fonds en euros et supports plus risqués. Plusieurs assureurs ont créé la surprise en relevant sensiblement les taux servis, du jamais-vu depuis une décennie. Certains contrats, longtemps synonymes de rendement famélique, ont même franchi le seuil symbolique des 3 % nets en 2023.
Mais ce renouveau ne concerne pas tous les acteurs de la même façon. À mesure que la réglementation évolue et que les stratégies de gestion s’affirment, l’écart se creuse entre différents assureurs. Les perspectives pour 2024 et 2025 s’annoncent donc contrastées : la performance dépendra largement de la composition des portefeuilles et des choix de gestion des réserves.
Comprendre le fonds euro : fonctionnement, garanties et place dans l’assurance vie
Pilier historique de l’assurance vie, le fonds euro rassure par sa promesse phare : la garantie du capital. Chez Generali, Suravenir, BNP Paribas Cardif ou d’autres grands noms du secteur, ce support sert d’ancrage aux épargnants en quête de stabilité. Même lors des tempêtes boursières, le capital investi reste intact.
Ce résultat découle d’une gestion résolument prudente : la majeure partie des actifs est investie dans des obligations d’État ou d’entreprises, avec une dose modérée de placements plus volatils comme les actions. La performance repose avant tout sur la solidité, pas sur la prise de risque. La plupart des contrats proposent deux axes : le fonds euro classique et les unités de compte, ces supports sans garantie mais qui peuvent offrir davantage de rendement.
Pour mieux cerner ce qui fait la spécificité de ces supports, il suffit de s’arrêter sur quelques principes clés :
- Capital garanti en toutes circonstances, même en cas de secousses sur les marchés
- Effet cliquet : les intérêts générés chaque année sont définitivement acquis, impossible de revenir en arrière
- Liquidité : possibilité de retirer tout ou partie de son épargne, selon les modalités du contrat
Ce socle de sécurité explique pourquoi, en 2023, près de 1 800 milliards d’euros sont restés logés sur ces supports, malgré la montée en puissance des placements plus offensifs. Les fonds en euros se réinventent : des formules comme Euros nouvelle génération ou Euros objectif climat introduisent davantage de diversification pour tenter de booster la performance tout en conservant la protection du capital.
Dans une stratégie de gestion de patrimoine, le fonds en euros joue le rôle d’un filet de sécurité, fondation solide pour investir sur le long terme via l’assurance vie. Les grands acteurs du marché innovent pour maintenir l’attractivité de ces produits, jonglant avec les exigences réglementaires et les attentes croissantes des épargnants.
Rendements 2024-2025 : quelles évolutions et facteurs influencent la performance des fonds euros ?
La trajectoire des rendements des fonds euros sur 2024-2025 retient l’attention de toutes les parties prenantes : particuliers, conseillers, institutionnels. La politique de relèvement des taux d’intérêt par la BCE a changé la donne : les assureurs profitent désormais d’obligations plus rentables. Conséquence directe : le rendement moyen euros repart à la hausse, mais la réalité diffère sensiblement selon les acteurs.
Le rapport de France Assureurs est sans appel : le taux rendement moyen des fonds euros a dépassé 2,5 % en 2023, inversant une tendance baissière persistante. Ce rebond s’appuie sur plusieurs leviers : augmentation mécanique des coupons, gestion active des réserves, arbitrages plus offensifs sur les nouvelles émissions. Generali, Suravenir et les autres compagnies historiques adaptent leur allocation pour tirer parti de cette nouvelle donne, tout en préservant la garantie du capital.
Le contexte économique général continue de peser lourd. Même si l’inflation recule, elle pèse encore sur la rentabilité réelle ; la BCE avance prudemment, mais la tendance actuelle laisse entrevoir une stabilité, voire un léger reflux des taux d’ici fin 2025. Dans cette optique, les fonds euros « nouvelle génération » misent sur une diversification renforcée pour améliorer leur taux de rendement sans sacrifier la protection.
La réalité du marché, c’est que chaque contrat trace sa route. D’ici à 2025, les rendements devraient se stabiliser entre 2,5 et 3 %, en fonction du poids des nouvelles obligations et des choix de gestion propres à chaque assureur.
Quels critères privilégier pour choisir un fonds euro adapté à vos objectifs à moyen et long terme ?
Arbitrer entre gestion pilotée et gestion libre
Choisir un fonds euro ne se limite pas à consulter les taux servis. Il s’agit d’abord de définir votre degré d’implication : souhaitez-vous déléguer la gestion à des experts ou préférez-vous piloter vous-même la répartition de votre épargne ? Les contrats d’assurance vie proposent généralement ces deux modes : la gestion pilotée, fréquemment associée aux fonds euros nouvelle génération, et la gestion libre, qui offre plus de latitude mais exige d’être attentif au quotidien.
S’assurer de la diversification du contrat
L’une des grandes questions consiste à vérifier si le contrat permet d’accéder à des fonds euros diversifiés, comme Euros Suravenir Opportunités, Euros Objectif Climat ou d’autres supports labellisés ISR. Ces formules combinent sécurité du capital et ouverture à l’immobilier, aux actions ou à des infrastructures, offrant ainsi un potentiel de rendement supérieur, à condition de bien cerner le niveau de risque.
Pour juger la pertinence d’un contrat, plusieurs aspects doivent être scrutés :
- Regardez la part d’actifs non obligataires dans le fonds euro : une proportion élevée peut booster le rendement mais accroît aussi la volatilité.
- Renseignez-vous sur la robustesse financière de l’assureur : Generali, Suravenir, BNP Paribas Cardif affichent des logiques et des réserves très différentes.
- Analysez les frais du contrat, souvent sous-estimés, qui peuvent peser lourd sur la performance à long terme.
Construire une stratégie d’épargne long terme avec un contrat d’assurance vie suppose de définir clairement ses priorités : préserver le capital, préparer une transmission, ou viser un rendement supérieur via la diversification. Les fonds euros « nouvelle génération » gagnent du terrain, mais chaque situation mérite une analyse sur mesure.
Face à l’avenir, l’issue reste incertaine pour le fonds euro. Mais une chose est sûre : ce support conserve une étonnante capacité à se réinventer et à rester le socle des stratégies patrimoniales françaises. Ni ringard, ni dépassé, il continue de surprendre, et qui sait, il n’a peut-être pas dit son dernier mot.


